Vingt ans de réclusion pour Jean-Claude Chalmé
Jean-Claude Chalmé a été condamné hier soir à 20 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises des Landes pour le meurtre de sa compagne Alexandra.Sans surprise, la question d'une éventuelle requalification des faits en violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, largement sous-jacente lors des débats, a occupé la dernière journée du procès de Jean-Claude Chalmé, consacrée aux plaidoiries et aux réquisitions.Jean-Claude Chalmé avait-t-il voulu tuer Alexandra lorsque, ce soir de juillet 2008 à Dax, il lui porte des coups fatals et l'étrangle ? Non, a maintenu jusqu'à la fin l'accusé, malgré des versions à géométrie variable au cours de ses multiples auditions. Oui, semblaient indiquer les constatations médico-légales que la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Pau n'hésitera pas à interpréter comme « une volonté d'anéantir sa compagne ». Elles ont finalement emporté la conviction du jury.Très discret pendant les débats, l'avocat général Benoît Fontaine a sans nul doute marqué les esprits des jurés durant son réquisitoire, au cours duquel il a demandé 20 à 22 ans de réclusion criminelle avec une peine incompressible de 15 ans. À la fin de ses observations, il s'est arrêté subitement de parler, immobile, regardant le sol. Les secondes passant, la présidente Catherine Mollet elle-même a visiblement cru à un malaise. « Je viens de me taire pendant une minute. L'acte de strangulation a vraisemblablement duré 4 minutes. Vous croyez vraiment que cet acte-là ait pu être involontaire ? » Silence de plomb.Réquisitions ciseléesEn une heure et demie de réquisitions particulièrement ciselées, Benoît Fontaine a par avance mis à mal les arguments de la défense, s'appuyant largement sur les déclarations du médecin légiste. « Seule la plaie au foie peut être accidentelle », a-t-il martelé, rappelant que selon l'expert, la mort d'Alexandra était tri factorielle : elle est due soit à un éclatement du foie (que l'accusé attribue à une pression avec son genou lorsqu'il est tombé sur la victime), soit à un œdème cérébral consécutif à des coups à la tête, soit à l'asphyxie causée par la strangulation, thèse privilégiée par le médecin. Toujours selon les constatations médico-légales, « le corps a été transféré avant la mort, cela signifie qu'elle a agonisé là où on l'a trouvée ». Dans la chambre.Faire le silence« Avant de procéder à l'acte final, il ferme les fenêtres de l'appartement, cela signifie qu'il a eu la volonté de faire le silence, le seul mobile du meurtre, c'est de faire le silence », poursuit l'avocat général. « On ne tue pas par amour, on tue par égoïsme », a-t-il conclu, avant de porter un dernier coup à la défense en justifiant le quantum de la peine par la personnalité de l'accusé.Aux conclusions médico-légales, Me Muriel Arqué répond avec celles de la psychologue. « Elle est formelle : il est clair qu'il ne peut avoir voulu tuer celle qu'il aimait le plus au monde », martèle l'avocate au bout d'une longue plaidoirie.« Votre exposé m'a séduit, mais la séduction n'est pas l'amour », lance ensuite Me Dutin face à l'avocat général. Puis il gronde : « Le plus bel effet de manche, c'est votre minute de silence, monsieur l'avocat général, alors qu'un jury est pendu aux lèvres du représentant de la société, ce n'est pas loyal ! »La défense et les expertsPuis l'avocat se tord comme un diable, faisant flèche de tout bois et argant que le doute doit profiter à l'accusé. Une éthique qu'il ne décèle pas dans les conclusions de la chambre de l'instruction. « Je vais vous demander de faire du droit. Il l'a tué, ce n'est pas contesté mais l'intention n'est pas caractérisée, il faut vous poser cette question », supplie-t-il, égrainant les jurisprudences. Puis il fustige les « certitudes des experts qui ont donné Outreau ». Feu sur le psychiatre, d'abord, « qui n'a pas daigné se déplacer à l'audience », sur l'enquêtrice de personnalité qui a déposé en pleurant, puis sur le médecin légiste. Document à l'appui, il conteste ses conclusions : les tâches décelées lors de l'autopsie et qui ont appuyé la thèse d'une mort par asphyxie « peuvent aussi provenir d'un éclatement des viscères, je vous rappelle qu'il y a eu aussi un éclatement du foie ! » Il lève les bras : « Les experts ! »Jean-Claude Chalmé a reçu le verdict vers 21 heures. Immobile.