Cela n'est pas banal. Après cinq jours de débats passionnés marqués notamment par de nombreux retournements de situation, Johan Adikti, 24 ans, a été acquitté par la cour d'assises des Landes. Ce Turc chaldéen aux racines montoises était poursuivi pour deux braquages à main armée, l'un à Montmartin-sur-Mer, dans la Manche, l'autre au Lidl de Mont-de-Marsan, le 29 mars 2010. Mis en examen et incarcéré dans le cadre de cette procédure dès le 1er juin 2010, il avait fini par bénéficier d'une remise en liberté conditionnelle suite aux demandes répétées de son avocat, après vingt-trois mois de détention, en mai de cette année. Au lendemain du verdict, samedi, le bâtonnier montois, Me Frédéric Dutin, était « rassuré ». Retour 24 heures en arrière, vendredi matin, lors de la plaidoirie de Me Dutin. Le bâtonnier parle de son client et s'adresse aux jurés. « Comme tous les gens qui passent par le box des accusés, on le voit bien un pistolet à la main, coupable. Il a le costume ; il l'est peut-être », reconnaît-il. Mais le problème est ailleurs. La difficulté fondamentale, celle qui est au centre d'un procès d'assises, c'est que « l'accusation n'a pas réussi à apporter la moindre preuve », insiste-t-il plus lourdement. Non seulement, « aucun élément irréfutable » ne pesait sur Johan Adikti avant l'ouverture des débats, mais des témoins clés avaient apporté à la barre des éléments qui nourrissaient bien davantage le doute. Ce fut le cas notamment avec le patron de l'hôtel d'Hossegor où la bande avait résidé quelques jours lors du casse du Lidl. Le 29 mars au soir, ce dernier était sûr de l'avoir vu vers 20 h 30, du moins avant 21 heures. Le braquage avait eu lieu à 20 h 05. Ça ne collait pas… L'accusé risquait gros Reste que cet élément n'avait pas empêché l'avocat général de requérir à l'encontre de l'accusé une peine de sept ans de prison. « Autant cela n'est pas une aberration qu'il ait été poursuivi devant une cour d'assises, autant j'aurais été extrêmement déçu qu'il ne soit pas acquitté », juge encore l'avocat qui avait bien rappelé aux jurés que « dans un procès pénal, ce n'est pas à la défense de prouver que son client est innocent mais bien à l'accusation de rapporter la preuve de sa culpabilité. » Pour le bâtonnier, au-delà d'une victoire, « cette juste application du droit est un élément rassurant. Compte tenu des lacunes qu'il y avait tant au niveau de l'enquête qu'au niveau des éléments à charge, cela a simplement permis d'éviter une erreur judiciaire. » En fonction de la décision du parquet de faire appel ou non de ce verdict, Johan Adikti pourra demander des réparations devant le premier président de la cour d'appel de Pau. Mais jamais aucune indemnité ne pourra effacer le décès d'un père et le regret de ne pas même avoir pu assister à ses obsèques. (1) L'absence de preuves irréfutables est en effet la cause de nombreuses déconvenues judiciaires. Il y a bien sûr l'exemple marquant d'Outreau mais aussi, plus récemment, celui du procès des tournantes de Fontenay-sous-Bois (94). Un copain de la bande venu témoigner à la barre et qui est resté durant les cinq jours de débats au palais de justice a été qualifié par Me Dutin de « miraculé judiciaire ». Cet homme, dont l'Adn a été retrouvée partout où le trio est passé, et que tout le monde croit bien avoir reconnu sur la vidéo du braquage de Montmartin-sur-Mer (50), n'a pourtant jamais été inquiété par la justice. Non seulement il est passé entre les mailles mais il touchera 38,38 € pour sa participation généreuse au procès, les frais de déplacement depuis Sarcelles en sus. Un braquage judiciaire ?