Leur prise de parole répond à celle du président de la Lige de protection des oiseaux (LPO), Allain Bougrain-Dubourg, revenu à l’occasion du conseil national de la LPO, fin février, sur le " braconnage " d’un bruant ortolan qui s’opérait encore, malgré lui, " avec la complicité de l’État ". Alors que l’enquête de gendarmerie se poursuit sur les altercations déplorées en marge de la dernière venue de la LPO dans les Landes, le 9 novembre dernier, à Audon, et qu’une audience correctionnelle est prévue ce jeudi à Dax autour de violences survenues en septembre de l’année précédente, à  Meilhan, le président de la Fédération départementale des chasses traditionnelles, Jean-Jacques Lagüe, souhaitait " faire un point " sur les derniers événements. La communication concrétisée vendredi dans le bureau de l’avocat montois, Me Frédéric Dutin, se veut " détachée, pour une fois, de la venue des antichasses " et " à visée pédagogique ". Attention aux amalgames " D’abord, la chasse à la matole n’est pas interdite, à la condition de chasser des espèces qui ne sont pas protégées ", introduit le président Lagüe, arc-bouté " contre les amalgames entretenus dans l’opinion publique par certaines associations ". Cette matole propre au département des Landes (et exceptionnellement à la Gironde, au Gers et aux  Pyrénées-Atlantiques) est donc autorisée. Mieux, pour Jean-Jacques Lagüe, " ce mode de chasse traditionnelle est le plus écologique qui existe ". " La matole ?  Je ne connais pas  de moyen de chasse plus écologique  et plus sélectif " " Avec la matole, on capture un animal vivant, sans le blesser, sans le stresser. À partir de là, on s’assure qu’il s’agit de la bonne espèce. Et si ce n’est pas le cas, on les relâche ", rappelle le premier adhérent de la fédération landaise. Il est donc question d’" un petit piège carré, de 22,5 centimètres de côté et de 4,5 centimètres de hauteur, qui est posé en équilibre avec un système de trébuchet ". Quelques graines qui sont déposées en dessous. En s’approchant, l’oiseau déséquilibre le trébuchet et se retrouve emprisonné vivant. " Personnellement, je ne connais pas de moyen de chasse plus écologique et plus sélectif ", enfonce le président Lagüe. Il est ensuite beaucoup question des " venues annoncées et préparées " du président Allain Bougrain-Dubourg et de ses soutiens. Le duo entend ainsi dénoncer " un certain nombre de comportements, notamment de la LPO et du Committee against bird slaughter (Cabs), qui sont extrêmement violents et qui sont perpétrés par des professionnels de la communication ". " Or, cela n’est pas rien, aujourd’hui la bataille de la communication est importante et les chasseurs ont face à eux des professionnels de la provocation et de l’agitation médiatique ", insistent-ils d’une seule voix. " Méthodes malhonnêtes " Me Dutin s’attaque aussi à la " posture " de la LPO et consorts. " Ces activistes disent être obligés d’être hors la loi parce que sinon les pouvoirs publics ne font rien. Mais c’est totalement faux. J’ai moi-même assisté un certain nombre de chasseurs, tous autour de 70 ou 80 ans, qui continuaient à piéger l’ortolan. Et quand il y a des infractions qui sont relevées par les gardes de l’ONCFS (1), le parquet ne ferme pas les yeux ", assure-t-il. " Non seulement dès lors que les pouvoirs publics passent, les chasseurs se plient à la loi, mais je n’ai encore vu aucune affaire dans lesquelles des chasseurs pris en infraction auraient eu des comportements violents à l’égard des gardes ", tient aussi à signaler le " natif des Landes et premier défenseur de l’image et des traditions landaises ". Pour lui comme pour Jean-Jacques Lagüe, l’origine de tous les débordements médiatisés est avant tout à rechercher dans " les méthodes malhonnêtes " des militants qui reviennent chaque année " avec l’intention de faire justice eux-mêmes ". " Mais qui autorise ces personnes, qui ne sont pas mandatées par les pouvoirs publics et qui ne sont pas des enquêteurs privés, à diligenter leurs propres enquêtes, à aller faires des actions de reconnaissances terrestres ou aériennes avec des moyens considérables ? ", réagit vivement l’avocat en rappelant que " c’est à l’État d’agir ". " Contexte d’exaspération " " S’ils considèrent que les pouvoirs publics ne font rien, ils ont la possibilité de citer directement les contrevenants ", informe-t-il. " S’ils estiment qu’ils n’ont pas assez d’élément pour les citer directement, ils peuvent déposer une plainte avec constitution de partie civile entre les mains du doyen des juges d’instruction ", ajoute-t-il. " Mais ce n’est pas ce qu’ils veulent. Ce qu’ils veulent, c’est gagner la bataille médiatique et influer sur le législateur ", abonde le président Jean-Jacques Lagüe. L’utilisation par les associations des affaires d’Audon et de celle déjà regrettée de Meilhan illustrerait " les conséquences regrettables d’un ras-le-bol engendré par des violations de propriété jamais sanctionnées par les magistrats ". " Cela a entraîné des situations tendues qui ont atteint des proportions qu’elles n’auraient jamais dû atteindre. Mais dans les deux cas, nous sommes manifestement dans un contexte d’exaspération ", estime Me Dutin. " Et l’utilisation malhonnête de cette exaspération, c’est peut-être, d’ailleurs, le résultat qui est recherché ", conclut M. Lagüe, en redoutant déjà le retour de militants de toute l’Europe en terre de matoles, dès la saison prochaine. (1) Office national de la chasse et de la faune. " La chasse à l’ortolan devrait faire l’objet d’une dérogation car toutes les conditions pour l’obtenir sont remplies, d’ailleurs nous faisons tout pour le prouver scientifiquement… " Ainsi avance Jean-Jacques Lagüe, bien embêté par la directive communautaire Oiseaux et les mises en demeure de la Commission européenne venues enlever de la bouche des Landais l’historique bruant. Derrière le " vide juridique " et la " tolérance " présentés par les chasseurs landais, se cache depuis mars 2013 une interdiction indiscutable de prélèvement. La seule manière d’y déroger serait d’obtenir une autorisation de l’État, s’il est prouvé que les populations ne sont pas menacées. Au grand dam de Jean-Jacques Lagüe, celle-ci a longtemps été promise mais elle n’est jamais venue. Piéger des bruants ortolans (à la matole ou non) est donc illégal. " À côté de ça, nous avons le soutien de l’Association des maires landais, qui vote toujours à l’unanimité pour la dérogation, et celui de tous les parlementaires landais qui se sont succédé jusqu’à présent. Alors quoi, ils sont tous fous les élus landais ? Non, ils savent de quoi ils parlent et ils savent qu’il y a quelque chose à mettre en œuvre, comme pour l’alouette, et conformément au guide interprétatif de la directive européenne ", réagit Jean-Jacques Lagüe. L’homme déplore le cas similaire du pinson des arbres. Il cite ensuite l’exemple de l’alouette, " chassée à la matole et légalisée en dérogeant au texte européen ". " C’est bien la preuve qu’avec le même moyen, mais pour une autre espèce, on peut le faire ", relève-t-il. Une étude conduite par le Muséum national d’histoire naturelle et financée par les chasseurs doit permettre de dresser un état des lieux objectif de l’évolution des populations. Les chasseurs se sont " engagés à se soumettre aux résultats ". " Si leur population est menacée, on arrêtera provisoirement. Si la population permet de continuer, alors on déroge ", rappelle leur représentant.