ASSISES.  Hier, les deux accusés s'expliquaient sur le braquage d'Intermarché « Nous ne sommes pas des braqueurs, nous ne sommes pas de grands voyous ». Les deux accusés qui comparaissaient hier devant la cour d'assises des Landes, pour vol à main armée à l'Intermarché de Salies-de-Béarn, le 23 février 2001, n'ont pas l'air de bandits de grands chemins. Aïssa Diane, 28 ans, et Adil Sbaa, 22 ans, habillés avec soin, s'expriment avec clarté et précision. Ils ont l'air de petits garçons pris en faute, la main dans la poche à bonbons. Le troisième accusé, Amine Sbaa, est toujours en fuite. Le 23 février 2001, peu avant la fermeture, à 18 h 45, trois jeunes encagoulés et gantés s'approchent, à bord d'une 205, de la station-services d'Intermarché à Salies-de-Béarn (64). L'un sort de la voiture, menace la caissière avec un pistolet à grenailles, pendant qu'un deuxième entre dans la cabine et s'empare du tiroir-caisse contenant 5 935 francs en chèques et espèces. Le troisième attend dans la voiture, moteur allumé. Les deux agresseurs remontent. Une Renault Express essaie de les bloquer. Un des trois compères tire un coup en l'air, l'arme s'enraye, il tire de nouveaux coups. Le conducteur de la Renault cède le passage, les trois accusés reprennent leur route. Et rentrent se partager le butin : 1 000 F chacun. La 205 est retrouvée brûlée. Un mois plus tard, Aïssa Diane est interpellé. Il faudra attendre 6 mois pour qu'Adil Sbaa se livre spontanément aux forces de l'ordre, après s'être enfui dans sa famille au Maroc. Quant à Amine Sbaa, il n'a toujours pas été localisé. « Carte sur table ».  Hier, les différentes auditions des témoins n'ont pas permis de préciser le rôle de chacun. Mais dans le box, les accusés ont dit vouloir « jouer carte sur table » avant de demander pardon à la victime et partie civile, et de manifester leurs regrets. Ainsi Aïssa Diane, pour la première fois, endosse de nombreuses responsabilités. « J'avais de gros soucis d'argent. J'ai parlé de mon idée à Amine une semaine avant. » Pour commettre le « braquo », ils volent la veille une 205. Empruntent aussi la Supercinq appartenant à la petite copine d'Adil. « Ensuite, j'ai été acheter un pistolet à grenailles au quartier du Gond à Dax », poursuit Aïssa Diane. « Décidément vous prenez tout sur le dos », s'étonne le président. Les trois compères arrivent à Salies-de-Béarn en convoi, s'installent dans un coin oú ils consomment force bières et cannabis. « Pendant deux heures, on a bu et fumé en se répartissant les rôles : Adil conduisait, Amine tenait l'arme, moi je prenais la caisse », explique Diane, contrairement à ses déclarations aux gendarmes et au juge. « Ça ne s'est pas passé comme on voulait, poursuit Aïssa Diane. L'usage de l'arme, la voiture qui cale, la Renault Express qui nous bloque, la voiture brûlée par Amine : tout ça n'était pas prévu. » Pas plus que la course poursuite avec... un couple de fonctionnaires de police en vacances. Adil Sbaa ne contredit pas son compère. « À cette époque, j'étais perdu dans ma vie d'homme. Je me suis laissé entraîner dans cet engrenage. » Petits braqueurs, vrais « Pieds nickelés », Aïssa Diane et Adil Sbaa encourent une peine de prison de 15 ans. Verdict aujourd'hui.     RUBRIQUE : L'Actualité dans les Landes La carte de l'amnésie Que s'est-il réellement passé le 4 juin 2006, à quelques centaines de mètres des fêtes de Samadet entre Cédric Castaing, mécanicien Hagetmautien de 31 ans aujourd'hui et une jeune Chalossaise de 27 ans invalide à 80 %, handicapée par une sclérose en plaques ? Relation sexuelle consentie sur fond d'alcoolisation massive comme le prétend celui-ci ou viol sur une personne particulièrement vulnérable ? C'est la question que devra trancher la cour d'assises des Landes, plongée depuis hier matin au cœur de cette affaire d'autant plus délicate que la victime n'a pu se présenter à l'audience compte tenu de la dégradation de sa maladie : en phase terminale, elle est hospitalisée en Gironde afin d'y subir une intervention chirurgicale. « Pourtant, elle tenait absolument à venir », regrette son père à la barre. Elle tenait tant à dire haut et fort son histoire qu'elle a insisté pour que les débats soient publics et non à huis clos. Un courage qui n'impressionne pas l'accusé, drapé dans une amnésie bien opportune qui le pousse toutefois dans ses contradictions. Parce que s'il déclare ne « se souvenir de rien », sauf d'un flash, « je me vois aux côtés d'une fille sur la pelouse », il se souvient tout de même de l'essentiel : du consentement. Preuves irréfutables et ADN.Pourtant, le scénario décrit par la victime est très loin de l'idylle bucolique. Cette nuit-là, alors que la jeune femme a passé la soirée avec des amis aux fêtes de Samadet, elle décide de prolonger le plaisir en assistant au bal sous le chapiteau. C'est ici que son chemin croise celui de Cédric Castaing qu'elle connaît par relations interposées. Le jeune homme a beaucoup bu, « une quinzaine de Ricard et peut être du whisky » selon ses propres aveux, et « ne semble pas dans son état normal » décrit-elle. Ivre, il tente de l'embrasser et devant son refus, la saisit par le bras et l'emmène de force à l'écart de la foule. La jeune femme, très handicapée et soutenue par des béquilles, ne résiste pas à l'emprise du rugbyman féru de musculation. Là, sur la pelouse, se déroule selon les deux versions, une scène de viol, ou d'amour. Seule certitude : « relation sexuelle il y a eu ». Avec des stigmates irréfutables, les traces de sang, d'ADN mélangés des deux protagonistes relevés sur le site ainsi que sur leurs vêtements. Sang. Relations sexuelles que l'accusé ne cherche d'ailleurs pas à nier, en réfutant juste le caractère contraint. Pourtant, les expertises mettent en évidence leur violence. En effet, la victime, qui décrit « une douleur insupportable » au moment de la pénétration, est blessée. Culotte arrachée, déchirure vaginale, hématomes sur les bras, saignements importants, qui n'ont rien de menstruels. Toutefois, ces blessures, « proviennent plus de la violence de la relation sexuelle que de son caractère consenti », précise le docteur Guillaume. Un consentement toutefois battu en brèche par le coup de pied que la jeune femme lance dans le visage de son agresseur pour se débattre malgré ses difficultés motrices, marquant en effet la pommette de l'accusé. Enfin, balayant un doute technique, les experts sont formels : « même à 3 grammes, il a pu avoir une érection. » Verdict ce soir. L'alcool ou plutôt l'alcoolisme, un sujet longuement débattu avec l'accusé qui refuse jusqu'à son emprisonnement de voir clair dans sa consommation, régulière, excessive et qui le rend « bête, pénible, bagarreur ». Trois grammes au moment des faits, plusieurs condamnations pour conduite en état alcoolique, dont une après sa remise en liberté. Cédric Castaing comparaît libre, sous contrôle judiciaire. Il risque jusqu'à vingt ans de réclusion.