Un appel pour démonter la reine des preuves. C’est le défi des deux braqueurs présumés du magasin The Phone house de Saint-Paul-lès-Dax, le 9 août 2013. Leur deuxième procès a débuté hier matin, à Pau, un an après leur condamnation à douze ans de réclusion criminelle à Mont-de-Marsan. Corneliu Lascu, 46 ans, et Ciprian Geambasu, 32 ans, nient tous deux leur implication dans la violente descente qui avait conduit au vol de 15 000 euros de téléphones portables. Tant pis si leur ADN a été retrouvé sur les gants, le masque ou les câbles de serrage crantés ayant servi le jour des faits. " Il est dommage de s’enferrer dans les dénégations quand il y a autant d’éléments ", commentait l’avocat du gérant, Me Guillaume François, hier soir. L’attirail aux empreintes a été découvert quelques jours après le braquage, dans un bois dacquois, grâce à un témoignage qui a permis de raccrocher Lascu puis, Geambasu. Deux accusés qui n’ont rien lâché. L’ADN remonte à loin Hier, Corneliu Lascu a convenu que les gants et le masque retrouvés en forêt renferment son ADN. Mais, il les avait utilisés pour un simple cambriolage chez Netto, à Dax, six mois plus tôt. Entre-temps, il les avait dissimulés dans la roue de secours d’une voiture. Laquelle avait été vendue à Ciprian Geambasu quelques jours avant les faits… " Pourquoi les avoir laissés dans ce véhicule ? " lui demande alors la présidente, Muriel Renard. " Je les ai oubliés ", assure le premier gaillard. Par une série de questions réponses au pas de charge avec son client, l’avocat de Corneliu Lascu, Me Frédéric Dutin, a voulu démontrer l’incongruité des constatations. Pourquoi acheter une voiture à son nom si c’est pour l’utiliser lors d’un braquage ? Pourquoi téléphoner avec son propre portable si on vient de commettre un tel crime ? Pourquoi se débarrasser des objets ayant servi au braquage d’un commerce à Saint-Paul si c’est pour les jeter dans un bois de Dax ? L’art de l’absurde pour démonter une accusation. Pas pour 15 000 euros Arrêté en Roumanie, le 20 février 2014, Lascu avait immédiatement donné le nom de Geambasu pour se dédouaner. Comme lui, ce jeune homme de 28 ans au moment des faits, était partie intégrante de la diaspora roumaine de Clermont-Ferrand. À dire vrai, Ciprian Geambasu a surtout pris ses quartiers en Autriche, où il a purgé six années de prison pour trois braquages de banque. Il est sorti fin mai 2013, deux mois et demi avant le braquage de The Phone house. L’accusé s’est même prévalu de ce pedigree de gangster pour convaincre de son absence à Saint-Paul-lès-Dax. " J’ai braqué des banques, je ne vais pas commettre ces faits-là pour 15 000 euros. " " Votre casier fait aussi mention d’un vol de caburant anodin ", lui objecte astucieusement la présidente. L’ADN de Geambasu a été retrouvé sur le serflex qui a servi à ligoter l’employée dans la réserve. Mais lui aussi a une explication. Il avait remis ces câbles de serrage en plastique crantés à des connaissances roumaines lors d’un repas chez des amis, à Clermont. Les câbles auraient donc fait la route jusqu’à Dax par la suite, sans qu’il n’en sache rien. La route des accusés est tortueuse. Elle s’arrêtera pour le verdict, mercredi soir. Pour l’heure, ces assises d’appel n’ont pas permis d’avancer vers plus d’explications. C’est pourtant ce qu’espèrent toujours les deux victimes qui ont déposé tout leur traumatisme, hier après-midi, à la barre. " J’attends que la sanction soit confirmée et que cela nous serve à avoir des noms et des coupables pour pouvoir passer à autre chose ", explique l’ancien gérant, en mimant les deux coups de crosse qu’il a subis le 9 août 2013. S’il est toujours commerçant de téléphonie à Dax, il a fermé sa boutique de Saint-Paul, parce qu’" il était psychologiquement impossible de continuer dans ce magasin ". En plus de ce choc moral, il entend faire valoir la perte commerciale liée à la fermeture de cette deuxième boutique. Son ancienne employée a changé de vie et quitté la profession pour éviter le contact avec le public. " J’attends la vérité et la fin judiciaire de cette épreuve, indique-t-elle, encore à la peine. J’ai été violentée, j’ai eu le nez cassé, j’ai été ligotée. Les faits sont là, il y a l’ADN, les gants, les câbles… J’espère qu’on va avancer. " Elle a été licenciée pour inaptitude suite à son agression.