Epargné lundi soir grâce à une interruption exceptionnelle de séance, Philippe Guignet est passé sous la moulinette de la défense. Hier matin, l'audience devant la cour d'assises des Landes a repris par sa déposition. Unique survivant de cette nuit du 6 au 7 juillet 2006, cet homme de 49 ans, que Thierry Ransinangue accuse d'être à l'origine de son malheur (lire notre édition d'hier), est partie civile dans ce procès. Un point que la présidente Catherine Mollet a dû rappeler à plusieurs reprises, tant les questions confinaient parfois à la plaidoirie. Coups de boutoir Le premier coup de boutoir est asséné par Me Cathy Garbez-Chambat. L'avocate de l'accusé soulève des contradictions dans les propos de la victime sur le déroulement des faits. « J'étais en état de choc quand j'ai été entendu par les gendarmes », se justifie Philippe Guignet. La réponse fuse : « Je suis soulagée que la partie civile ait le droit d'avoir des versions différentes. » Sous-entendu : il doit en être de même pour Thierry Ransinangue qui nie désormais avoir tiré sur Philippe Guignet et s'être acharné à coups de crosse sur le défunt, Dominique Leclere. Des coups, que même les deux médecins légistes ne peuvent confirmer. Et le numéro de la duettiste de la défense s'enchaîne par l'expertise graphologique qui impute à Guignet les missives envoyées à Ransinangue. « Je ne crois pas en la graphologie comme je ne crois pas en l'astrologie », déclare le quadragénaire. Me Frédéric Dutin s'étrangle avant de poursuivre le travail de sape. Et revient sur cette affaire de harcèlement pour laquelle Philippe Guignet a été condamné par la justice en 1996. Pour une histoire d'appartement, le Parentissois avait « pourri la vie » d'un enseignant, selon les propres dires de la présidente. « Ce n'est pas le procès de mon client », s'emporte l'avocat de la partie civile, Me Jean-Henri Chancy. Le calme revient. Danièle Lebeau, psychologue, s'avance vers la barre. Elle a rencontré Philippe Guignet en décembre 2006. « Un homme marqué, à la personnalité très fragile et aux comportements immatures, qui vit dans la crainte d'autrui », expose l'expert. Quant aux conséquences des faits sur lui ? « Il a perdu la seule personne avec qui il était lié », Dominique Leclere, « son unique lien social » qu'« il idéalisait totalement ». « J'aimerais des certitudes » Après cette courte accalmie, la tempête gronde à nouveau. « Le déni peut-il aller jusqu'à nier l'évidence ? », questionne Me Dutin. « Bien sûr », rétorque la psychologue. Comprendre : Guignet serait celui qui s'est introduit chez Ransinangue en 1990 et à cause de qui tout serait arrivé. Sans doute. Il n'empêche qu'à ce stade, les débats ne parlent pas beaucoup de ce sur quoi la cour d'assises doit statuer : dans la nuit du 6 au 7 juillet 2006, à Parentis-en-Born, Thierry Ransinangue a fait irruption chez ses voisins, Philippe Guignet et Dominique Leclere, armé d'une carabine 22 long rifle. D'après le rescapé qui a réussi à prendre la fuite pour prévenir les secours, il les aurait traités de « sale PD » et « sale curé ». Une chose est sûre : le tête-à-tête Ransinangue/Leclere a été fatal à ce dernier. Atteint par une balle en pleine tête, ce prêtre-ouvrier retraité de 68 ans est mort vingt-trois jours plus tard, sans jamais s'être réveillé de ce profond coma. Mais sur cette scène également, la défense monte au créneau. Et pour cause, aucune expertise balistique n'a été effectuée pendant la procédure. « Incroyable pour un dossier criminel où il y a eu mort d'homme ! », s'emporte Me Dutin lorsque la cour présente aux neuf jurés la carabine. Même chose quand une enquêtrice vient témoigner et souligne l'abondante quantité de sang présente sur les lieux. Aucune analyse génétique n'a été réalisée afin de déterminer si ce sang était celui de Thierry Ransinangue, blessé lui aussi, ou celui du défunt. Et l'avocat de s'exclamer, voire de plaider : « Moi aussi, j'aimerais avoir des certitudes. Mais il n'y en a pas dans ce dossier ! »