Hier derrière des barreaux, aujourd’hui sous médicaments, interné en structure psychiatrique. Le sort d’Hamadi Gaye, 42 ans, a été fixé hier matin au tribunal correctionnel de Mont-de-Marsan. Les choses s’étaient toutefois précisées début février, lorsque le docteur Bertrand avait décelé en lui une forme très prononcée de " délire paranoïaque ", avec un " sentiment constant d’être persécuté ". Selon les conclusions du psychiatre missionné par le ministère de la Justice pour évaluer sa personnalité, le natif de Mantes-la-Jolie qui attendait son jugement pour apologie d’acte de terrorisme, entre autres délits, présentait une " vraie dangerosité ". Il était " réadaptable ", ou " stabilisable ", mais avec l’aide d’un traitement médical. La conclusion du spécialiste ne laissait pas grand choix aux juges : " Hamadi Gaye n’est pas accessible à une sanction pénale, puisqu’il était atteint de troubles psychiques ayant aboli son discernement… " L’absence totale de maîtrise et l’extrême rancœur vouée à une juge d’instruction qu’il souhaite tuer depuis de longs mois se sont illustrées dès le début de l’audience. Moins de cinq minutes après l’ouverture des débats, le grand et volubile gaillard intolérant à toute contradiction a même été prié de sortir. Parti tenter de le raisonner, son avocat Me Frédéric Dutin est revenu furieux, affirmant à qui voulait l’entendre : " Vues les conditions, je ne le défends plus ! " " J’ai dit plein de conneries " Le procès a finalement repris, avec un Hamadi Gaye changé, figé debout dans le silence, les bras le long du corps, les mains jointes et la tête baissée. Quid du " souhait de faire comme les frères Kouachi ou Amedy Coulibaly ", " de rejoindre Daesh ", de " prôner la conversion et l’extermination " et " tuer des Français, comme au Bataclan " ? " C’est vrai que j’ai dit plein de conneries, et que c’est inadmissible, mais je l’ai fait car je n’allais pas bien ", s’ouvre-t-il désormais d’une voix douce et posée, presque angélique. Pourquoi avoir dit vouloir " partir en Irak ou en Syrie " ? " Je n’ai pas envie d’aller là-bas, ce que n’est que du sang là-bas, je suis né en France, j’ai une famille en France, des amis. J’ai tout ici… " " Quelles que soient les raisons, dire qu’on veut tuer des Français ou un juge d’instruction ça ne se fait pas, et même si vous n’êtes pas responsable pénalement, j’estime donc que vous êtes coupable ", coupait le ministère public. Même donne pour les insultes et menaces déplorées par les surveillants pénitentiaires et l’incendie volontaire de sa cellule, à Neuvicq (24), qu’il convient selon le magistrat de sanctionner par une " hospitalisation complète ". L’avocat de la défense n’y a pas fait obstacle. Le tribunal a donc prononcé une hospitalisation d’office en structure psychiatrique, en lien avec la préfecture des Landes. Un placement dont on ne sort qu’après avis de plusieurs experts et appréciation du juge des libertés et de la détention. Certains y restent à vie.